Musicien méconnu, mes réalisations sont néanmoins multiples. Au sein du groupe les Ingrédients, j'enregistre à 16 ans à l'aide d'un «quatre pistes» loué au Royaume de la musique à Joliette une cassette qui se vendra à près de 40 exemplaires. Contenant des oeuvres désormais considérées comme étant des classiques (dont «Best before 117 ans», une pièce épique de près de 8 minutes sur Marie-Louise Meilleure, doyenne de l'humanité à l'époque, et «Musico-zoothérapie», une ballade anthropomorphique). Un opéra rock se déroulant à St-Cléophas fut composé dans l'année suivant l'enregistrement du premier album, mais le projet ne fut jamais mené à terme.
Ma production prit une autre direction pendant mes études en musique au Cégep de Joliette. L'exercice de la composition d'une trame sonore pour un film étudiant de science-fiction sentimentale m'emporta vers de nouveaux sommets. En effet, mes efforts furent récompensés par l'obtention du prix de la meilleure musique devant, tenez-vous bien, trois autres concurrents.
Bien que j'entrepris par la suite des études de baccalauréat en philosophie, la musique conservera une place privilégiée dans mon activité. Avec mon meilleur ami Vincent M.C., je créai le duo «Cool Rock Band». Dans un contexte de production extrêmement stressant (nous devions composé 6 chansons par semaine pendant 4 semaines), nous avons reproduit en accéléré pour nos collègues toutes les grandes étapes d'un band rock digne de ce nom: débuts balbutiants, gloire, décadence glamour, inspiration par le cannibalisme, désir de destruction, excursion dans la langue de Shakespeare, période expérimentale, déchirements internes, séparation, reformation et réinterprétation de notre vieux stock pour exploiter la nostalgie des fans. Certains classiques ont traversé les époques: «Cannibal disco», «Mon gars», «L'anatomie au féminin», «J'ai juste le goût de te détruire», «Marilyn», «Rock and roll is dead» et tant d'autres!
Depuis un an, j'ai renoué avec l'écriture et la composition. Des dizaines de tounes dorment au fond de mon disque dur. Certaines comme «Devenir voodoo», «Mourir avec un animal», «René», «La fin de l'analyse» et ma version de «Hey Joe» possèdent un potentiel non négligeable, mais mériteraient assurément une nouvelle prise de son et un mixage digne de ce nom.
Étangement, ma production s'est grandement ralenti depuis ma réorientation en musicologie. Prisonnier de la sémiologie musicale, je suis devenu schizophrène: tout ce que je produis devient objet d'analyse. Y a-t-il quelqu'un pour me libérer du joug de l'auto-objectivation ?
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